L'agilité, un méméplexe à replacer dans le contexte

Mémé qui ?

Sur InfoQ, je tombe sur une critique de l'article de Philippe Kruchten, Voyage in the Agile Memeplex. Le sous-titre est In the world of agile development, context is key, ce qui est plus parlant.

Je connais bien Philippe, nous nous sommes croisés à Alcatel au début des années 80. Il travaillait sur les gros PABX (>100 lignes) et moi sur les plus petits. Nous nous rencontrions lors de revues de projet.[1].

J'avais revu Philippe à la fin des années 80 (il était déjà à Rational), lors des JIGL de Toulouse[2]. Il venait y présenter un article sur le développement itératif, autant que je me souvienne. Ca devait être en 1988. C'est dire qu'il n'était pas le dernier à parler d'itérations.

Après il est devenu connu, comme auteur de l'article 4+1 vues d'architecture puis comme leader de l'équipe qui a développé le RUP. Il est maintenant à la fois enseignant (à Vancouver) et consultant, un peu comme moi.

Dans l'article, il définit l'agilité comme une culture plutôt que comme une méthode ou une technologie. D'où la notion de mème : il considère que sa diffusion s'opère par imitation (ou replication, un peu comme des virus) d'idées qui composent cette culture. Il regrette que cette propagation se fasse au détriment d'une adaptation au contexte des projets et des organisations.

Bref on le sent un peu remonté contre le dogmatisme des zélateurs de l'agilité, les agilistas. Il craint de voir l'agilité être appliquée partout sans discernement et sans étude du contexte. Il stigmatise :

  • le jargon utilisé, à travers les Agilese
  • le suivisme aveugle, à travers l'Agilism
  • l'intolérance des convertis, à travers l'Agilitis
  • et finalement les études pseudo-scientifiques montrant la supériorité de l'agilité qui sont sorties du contexte (Agilologie)

A le lire, on a l'impression qu'aux US (et au Canada), l'agilité est le courant dominant et qu'il est difficile d'y résister, voire de le critiquer : l'agilité serait la pensée unique. C'est loin d'être le cas en France, où j'ai parfois l'impression de passer pour un marginal quand je présente des idées agiles qui me semblent être du bon sens.

Au delà de cette réaction contre la pensée agile unique, Philippe Kruchten nous rappelle qu'on doit tenir compte du contexte pour appliquer les idées de l'agilité plutôt que de suivre bêtement des règles qui ont fonctionné ailleurs. Le connaissant un peu (et connaissant aussi le RUP), j'imagine qu'il vise notamment :

  • la durée des itérations. Scrum pousse à avoir des itérations de 30 jours (maintenant le mouvement général est plutôt pour 3 semaines). Définir la durée en fonction du contexte peut amener à sortir de la fourchette habituellement conseillée par les agilistas.
  • l'architecture. Certains agilistas considèrent que faire des travaux sur l'architecture et l'infrastructure au début du projet, ce n'est pas agile, donc pas bien...

Bon, je pars au Stadium pour France-Namibie.

Notes

[1] Je me souviens que lors de ma première revue de conception pour le logiciel du T16, il était auditeur et déjà craint.

[2] les fameuses Journées Internationales du Génie Logiciel de Toulouse, qui étaient une grande manifestation dans le domaine à l'époque