Scrum, ça ne se vend pas en pack de 6

Pas plus que l'agilité ne se vend en boîte de 12

Depuis le début de l'année, j'ai participé à la mise en oeuvre de Scrum sur 8 projets différents. Les pratiques mises en place sont à chaque fois différentes. Même s'il y a un socle commun, le choix dépend toujours du contexte du projet.

Tout le monde n'est pas d'accord avec cette façon de voir les choses : certains considèrent Scrum comme un dogme intouchable. C'est apparemment le cas de Laurent Carbonnaux qui fustige les dérives dans l'application de Scrum. Il semble me considérer comme hérétique[1] pour avoir osé remettre en question l'utilité du burndown chart de sprint au profit du suivi par états.

Il est gentil de me citer, mais il me prête des pensées que je n'ai pas :

  • je n'ai pas dit qu'il fallait arrêter de faire des burndown charts de sprints. J'ai simplement dit, que dans certains contextes, on pouvait s'en passer.
  • je ne parle que des burndown charts de sprints, pas des burndown charts de release.

Scrum a été créé dans les années 90 et, heureusement, son usage évolue. Par exemple, les sprints d'un mois ne sont plus la règle absolue ni même la durée la plus courante. Sur les projets, il est nécessaire d'y intégrer également des pratiques d'ingénierie, ce qui contribue à avoir une vision sur l'ensemble des méthodes agiles.

Ma suggestion de suivre les tâches par états plutôt que par le reste à faire, elle vient du terrain. C'est sur un projet qu'il est apparu que c'était plus adapté à la culture de l'équipe. Les rétrospectives servent à ça : améliorer la façon de travailler et éviter de faire des choses inutiles en tenant compte du contexte plutôt qu'en se cantonnant à un (pseudo)dogme.

Notes

[1] tendance franco-française, ça se veut méchant ?

Commentaires

1. Le jeudi 17 juillet 2008, 09:49 par pouype

Je suis tout à fait d'accord :-) Et dans une autre optique que celle ci (l'adaptation au contexte), les méthodes agiles m'interesserais beaucoup moins !

2. Le jeudi 17 juillet 2008, 10:00 par David Gageot

Totalement d'accord aussi. Ah ce fourbe de Laurent Carbonnaux ! ;-)

J'ai toujours oeuvré chez Valtech pour que chacun ait sa propre expérience de Scrum, basée sur une bonne compréhension des objectifs et règles de Scrum mais forcément teintée par ses propres expériences. Je me refuse toujours à donner mon point de vue sur "La bonne façon de faire du Scrum". Je préfère raconter ce qui a bien fonctionné pour moi. Il ne faut pas oublier le "Adapt" du cycle "Inspect & Adapt". Sans adapter à priori par contre ! Les rétrospectives sont là pour ça.

A propos du suivi de Sprint par état, je constate que ça fonctionne plutôt mieux pourtant, je commence toujours par introduire le suivi par RAF.

Bon il reste donc un dogmatique chez Valtech ;-)

3. Le jeudi 17 juillet 2008, 11:30 par Laurent Carbonnaux

Claude,

Désolé que mon billet ait pu te heurter, ce n’était en aucun cas l’objectif.

Je pense que ton implication, ta notoriété et de manières générales ton engagement dans la communauté Agile contribue dans le bon sens à la sensibilisation, la démocratisation et la mise en place de Scrum en France.

Ce qui m’a gené c’est seulement le fait de vouloir se passer (ok t’as pas dit arrêter) du burndown et donc du reste à faire.

La remise à jour quotidienne du reste à faire est un moteur dans la responsabilisation des membres de l’équipe. S’ils n’arrivent pas à le faire, si on l’abandonne, les membres de l’équipe se désengagent petit à petit, et l’on revient à un mode où c’est le « chef de projet » qui décide.
Je suis d’accord sur le fait que c’est difficile. Les gens sont très retissant à donner un chiffre, c’est justement parce qu’ils comprennent que cela les engagent. Après ils ne peuvent plus dire : c’est pas moi, c’est le chef.
Je crois que c’est justement le rôle d’un Scrum Master que de faire comprendre l’intérêt de cette pratique et certainement la plus dur.

J’ai l’expérience d’un projet de grande taille où l’on utilisait un outil pour cela. L’équipe a fini par ne plus vouloir mettre à jour le reste à faire. J’ai donc laissé tomber à leur demande (et donc fait du reporting aléatoire). Au bout d’à peine 1 itération, ils ont recommencé à le faire de leur propre chef, avec des post-it sur le mur pour le backlog et un joli burndown au feutre sur le tableau blanc.
J’ai compris qu’ils en avaient besoin pour savoir où ils en étaient, ce qu’il restait à faire, d’envisager une éventuelle pression grandissante voyant la fin d’itération arriver.
En fait c’est l’outil qui n’allait pas, simplement, pas le fait de faire le reste à faire.

Le burndown est tellement simple de compréhension que je trouve dommage de s’en passer.

Pour ce qui est du franco-français (encore une fois, désolé que cela ait pu te heurter), je faisais allusion à l’environnement économique dans lequel nous travaillons. Contrairement aux Etats-Unis où Scrum est né, nous sommes souvent dans un cadre forfaitaire. Cette contrainte impose un suivi précis de l’avancement « comptable » (même si je n’aime pas ça) d’un projet.

Je ne peux qu’être entièrement d’accord sur le fait d’adapter la méthode. C’est comme le dit Yannick François (« pouype ») un des principaux attraits des méthodes Agiles.

Encore une fois, le suivi par état est une bonne idée, en plus du burndown d’itération.

4. Le vendredi 18 juillet 2008, 13:27 par jc-Qualitystreet

J'ai l'impression que c'est aussi beaucoup une affaire de maturité des équipes (et du coach qui peut les aider dans leur démarche).

Claude parle d'un socle commun, selon moi il y a réellement des fondamentaux, des règles de base à respecter pour s'assurer que l'adoption SCRUM se fasse sans encombre, d'où ma série de billet sur les "alertes Agile"...
Et finalement, je trouve que le Shu Ha Ri répond plutôt bien à cette problématique et à ces contextes d'adoption des méthodes Agiles (même si le "Shu" s'effectue toujours dans un contexte donné; c'est ce que souligne Claude au début de son post) ...

Le principe d'amélioration continue, l'apprentissage et la maturité doivent nous conduire au "RI" (Se détacher des règles, adapter), moment où les techniques sont intégrées, utilisées de manière appropriées, ajustées aux contextes, parfois même modifiées.
Dans les arts martiaux (à l'origine du Shu Ha Ri), le pratiquant qui parvient à ce stade est désormais libre de ses choix et de ses orientations : il est son propre guide.

Bonne continuation au maître Scrum !