Au commencement avec Scrum, soyez shu

Je commence avec cet article une nouvelle série, qui sera constituée des compléments à mon livre pour l’édition 4 (pour les compléments à l’édition 3, voir cette série). Cette fois, les compléments vont porter sur des notions apparues dans cette nouvelle édition.

Le premier article concerne le Shu Ha Ri.

Shu Ha Ri, où j'en parle ?

L’index de mon livre indique que je cite Shu Ha Ri trois fois :

  • page 11 (chapitre Scrum dans le mouvement agile),
  • page 166 (chapitre Contextualiser Scrum) et
  • page 283 (chapitre Transformer les organisations).

Shu Ha RI, qu'est-ce que c'est ?

Shu Ha et Ri correspondent aux phases d’apprentissage d’un élève. La notion est issue du théâtre nô (il semblerait que ce soit bien plus ancien que les arts martiaux, auquel on l'associe habituellement).

La phase Shu est celle de l’imitation du maître, Ha celle du détachement et arrivé à Ri, on n’est plus un élève.

Pourquoi le Shu Ha Ri ?

Le Shu Ha Ri n’est pas une notion nouvelle dans l’agilité. Alistair Cokburn en parle depuis le début des années 2000. Mais c’est nouveau dans mon livre.

Bien que j’aie pratiqué de l’aïkido quand j’avais 20 ans, je n’étais pas emballé par ce concept, le trouvant un peu simpliste pour l’adosser à Scrum. Depuis j’ai trouvé qu’il avait une efficacité certaine auprès des personnes apprenant Scrum, pour montrer la différence entre adapter Scrum et le dénaturer.

Je l’utilise donc pour définir la façon dont on devrait apprendre Scrum en fonction de son niveau, et je l’associe plutôt à une équipe qu’à une personne.

Ce que j'en dis

Page 11

Dans ce premier chapitre, je présente l’apprentissage de Scrum comme devant suivre ces phases, et donc pour les novices, je conseille de commencer par le Shu.

Je mets aussi en garde les équipes qui font (consciemment ou pas) du Ha avant d’avoir acquis les fondations permettant de sortir du Shu. En effet, j’ai rencontré des gens qui me disaient faire du Scrum, mais qui, en fait, partant de l’idée que chez eux c’était différent, avaient cassé le cadre et perdu l’essence.

Un autre intérêt du Shu est d’éviter la confusion découlant d’apprentissages divers, par exemple apprendre en même temps Scrum et Kanban. Un risque existe aussi d’apprendre de deux instructeurs différents (ou coachs agiles) qui ne sont pas en phase.

Page 166

Le chapitre 13 intervient après la présentation détaillée du Scrum de base. C’est le moment de revenir sur l’apprentissage en rappelant ce qui constitue, dans Scrum, la fondation requise pour le Shu.

Définir à quoi correspond le Shu n’est pas trivial, car Scrum est seulement un cadre qui laisse des marges de manœuvre. Il ne s’agit pas de théâtre ou d’art martial où on comprend assez facilement ce qu’est imiter, sans prendre d’initiative.

Comme je l’explique dans ce chapitre Contextualiser Scrum, on adapte et on complète forcément, même dans la phase Shu.

Pendant le Shu, de mon point de vue, il s’agit d’acquérir les valeurs de Scrum et d’appliquer les pratiques Scrum de base (que je liste dans le chapitre 13 et qui sont, en gros, celles du guide Scrum de Schwaber et Sutherland).

Page 283

Dans le chapitre 22, j’évoque des problèmes d’organisation qui peuvent entraver l’apprentissage pendant le Shu ou lors du passage au Ha.

Un autre chapitre, Appliquer Kanban sur Scrum, présente une pratique clairement de phase Ha, dans la mesure où on se détache de Scrum. C’est pourquoi je la destine aux équipes aguerries.

Limites du concept pour Scrum

Nous avons vu que le Shu consiste à acquérir les fondations, mais qui décide qu’elles sont acquises pour le passage en Ha ? Dans les arts martiaux, c’est le maître, quand il voit que l’élève a acquis une solide fondation technique. Cela pourrait être le ScrumMaster, ou l’équipe elle-même.

Ce n’est pas évident et je pense qu’il faut rester à un usage simple du Shu Ha Ri, juste pour insister sur l’indivisibilité du cadre Scrum lors de l’initiation.

Pour aller plus loin, d’autres modèles sont nécessaires. Dans le chapitre Les gens de Scrum, je mentionne le modèle de Tuckman sur les niveaux de constitution d’une équipe. Plus loin et plus largement, je m’appuie sur le modèle Agile Fluency pour situer la maîtrise d’agilité d’une équipe. Ce sera l’occasion d’un autre article.