Butinage plutôt qu'essaimage

abeilles.jpgDans mon livre, je parle d’essaimage, en particulier dans le chapitre 9, pour nommer la façon dont l’équipe s’organise collectivement pour faire le travail du sprint. Le terme est d’ailleurs dans le glossaire de l’édition 4.

Dans le livre Honeybee Democracy de Thomas Seeley (un grand merci à @langlois_s), il est largement question d’essaimage.

Et l’essaimage est bien le reflet de l’intelligence collective des abeilles, qui font des études et prennent des décisions, par exemple pour :

  • inciter la reine à partir de la ruche,
  • décider, pour une abeille, si elle suit la reine dans l’essaim ou reste dans la ruche,
  • décider éventuellement d’un essaim secondaire,
  • une fois l’essaim accroché près de la ruche, explorer tous les lieux possibles pour habitation,
  • communiquer les résultats de l’exploration à l’essaim (avec les fameuses danses frétillantes des exploratrices),
  • décider quel est le meilleur endroit où aller (c’est prodigieux comment entre 10000 et 15000 abeilles arrivent à sélectionner, parmi parfois plus d’une dizaine explorées, la meilleure habitation),
  • implémenter la décision en partant toutes ensemble et en même temps vers le lieu choisi.

Cependant et pour revenir à mon livre, l’essaimage ressemble plus à l’organisation des équipes qu’à l’organisation du travail dans une équipe. C’est une activité faite rarement (une fois ou quelques-unes par an), comme celle d’organiser des équipes Scrum. L'essaimage, ce serait comment une équipe qui a grossi se sépare en deux équipes (parfois 3, comme je l'ai vu) et trouve ses nouveaux locaux.

L’organisation du travail dans l’équipe pour un sprint s’apparente plus à l’organisation des abeilles pour le butinage quotidien.

Des abeilles exploratrices, qui sont en fait des anciennes ouvrières, recherchent les meilleurs endroits de nourriture. De retour à la ruche, par la danse frétillante, elles communiquent la direction, la distance et, par l’intensité de la danse, la valeur que la zone explorée apporte à la ruche, de leur point de vue.

C’est à partir de ces indications que la colonie décide, collectivement, du nombre d’ouvrières qui vont aller butiner dans cette zone. Les informations sur la zone sont ajustées à chaque retour à la ruche (un peu l’équivalent de la mêlée). Le butinage se poursuit jusqu’à ce que la zone soit complètement exploitée (équivalent de la story finie).

Il peut cependant arriver que le butinage sur la zone soit arrêté avant, si un danger est détecté (par exemple une araignée ou horreur ! un frelon asiatique). Cette information (l’équivalent de l’obstacle qui bloque le travail) est donnée par des coups de tête dans l’abdomen des danseuses. Une ouvrière ainsi informée va alors aller dans une autre zone de butinage, que les exploratrices continuent à rechercher et qui sont re-priorisées régulièrement en fonction des événements.

L’organisation du butinage est véritablement collective. On ne voit pas, par exemple, une ouvrière qui décide de partir toute seule à la découverte d’une fleur qu’elle aime bien (ça peut vous évoquer des comportements dans une équipe Scrum).

Dans ce système complexe qu’est la ruche (ou l’essaim), il n’y a bien sûr pas de chef (non, surtout pas la reine).

rucher.jpg Le rucher familial, à Boncourt