Finalement, pourquoi l'agilité ?

La question du pourquoi était souvent posée pendant la première décennie de l'agilité, à propos d'un développement de logiciel. Elle était formulée ainsi :

Est-ce l'agilité est adaptée à mon développement ? Pourquoi passer à l'agilité ?

La question ne se pose plus vraiment pour le logiciel. Elle revient dans les nouveaux territoires où se diffuse maintenant l'agilité.

C'est à cette question du pourquoi qu'est dédié le chapitre 1 de L'art de devenir une équipe agile. En particulier la page 20, avec des critères pour se positionner sur l'adéquation à l'agilité.

Voici le texte de la page 20, dont le titre est Finalement, pourquoi l’agilité ? :


Dire qu’on va faire de l’agilité parce que c’est à la mode n’est pas une bonne raison. Ce qui est important, c’est de savoir si l’agilité est adaptée à ce qu’on fait.

Travail de la connaissance vs travail de l’industrie

De nombreux projets industriels sont menés avec réussite en utilisant les outils classiques de la gestion de projet : processus avec des phases et des jalons, spécification détaillée, découpage en WBS, Gantt, etc. Ces outils ont été développés au cours de la 2e révolution industrielle et sont basés sur le taylorisme et ses avatars. Ils sont adaptés au modèle industriel.

L’industrie existe toujours, mais le travail de la connaissance prend de plus en plus d’ampleur. Il est au cœur de l’informatisation de la société, de ce qu’on appelle la transformation numérique. Il envahit même l’industrie, chaque fois qu’il s’agit d’automatiser des tâches répétitives. C’est dire qu’il est le lot de beaucoup de projets nouveaux.

Voici quelques attributs qui montrent que le type de travail est très différent entre les deux :

durdoux

Si vous avez une majorité de critères sur la gauche, vous êtes dans le domaine de la connaissance. Bonne nouvelle, l’agilité est une philosophie justement adaptée au travail de la connaissance.

Et bien différente du schéma de pensée adapté à l’industrie.


Fin de la page 20

Industrie

Quand je présente ce tableau dans une entreprise du domaine industriel, je perçois parfois une incompréhension : nous sommes dans l'industrie, donc l'agilité ce n'est pas pour nous.

Le modèle industriel ne doit pas être compris comme le modèle qu'on utilise quand on travaille dans l'industrie. Il est de nombreuses activités dans l'industrie (et de plus en plus) qui relèvent du travail de la connaissance.

Pour insister, je répète cet extrait de la page 20 :

L’industrie existe toujours, mais le travail de la connaissance prend de plus en plus d’ampleur. Il est au cœur de l’informatisation de la société, de ce qu’on appelle la transformation numérique. Il envahit même l’industrie, chaque fois qu’il s’agit d’automatiser des tâches répétitives. C’est dire qu’il est le lot de beaucoup de projets nouveaux.

Inspirations

Je cite à la fin du livre mes sources d'inspiration pour cette page :

  • La distinction entre travail de la connaissance et travail de l’industrie s’appuie sur l'article Post-industrial project du blog Leadinganswers.com de Mike Griffiths.
  • La notion de travail de la connaissance (knowledge work, à lire sur Wikipedia EN) vient initialement de Peter Drucker, un gourou du management.

Doux et dur

Pour mieux saisir la différence de nature, peut-être vaut-il mieux utiliser les mots de Michel Serres : le dur et le doux, plutôt que industrie et connaissance.

C'est ce que j'avais fait pour ma keynote à la Journée Agile de Liège et aussi pour celle à Agile tour Toulouse.

Le doux prend une place de plus en plus grande, même dans l'industrie. Ce n'est pas l'organisation qui est dure ou douce, ce sont des parties (des équipes) qui font du travail de la connaissance, alors que d'autres font du travail industriel.