Apprendre, ça fait partie du métier de développeur

Il y avait moins de monde que d'habitude au SigmaT14 ce vendredi.

Nous étions 28 alors que l'assistance a varié dans une fourchette entre 40 et 70 participants pour les précédentes éditions.

Je ne sais pas quelles sont les raisons profondes de cette désaffection relative. Peut-être la coupe du monde de foot[1], peut-être le temps incroyablement pluvieux pour la saison...

En tout cas, je ne crois pas que ce soit le programme qui ait refroidi les ardeurs des participants éventuels. D'ailleurs, le résultat c'est que le contenu a été très riche. Nous avons eu :

  • une réflexion sur le métier du développement, entre industrialisation et artisanat,
  • des éclairages sur une pratique que tout le monde s'accorde à considérer comme essentielle, le pilotage par les tests, dans sa variante comportementaliste,
  • un retour d'expérience très instructif de la mise en place de Scrum chez Sanofi,
  • un atelier interactif permettant aux participants d'avoir des réponses aux questions sur l'agilité qui les intéressent le plus.

Ceux qui sont venus ont appris quelque chose en participant au SigmaT14. Et développer du logiciel, c'est apprendre continuellement : des nouvelles technos, de nouveaux domaines métier, de nouvelles façons de travailler (ou nouveaux processus). Participer à une conférence, un atelier ou un séminaire, comme le SigmaT14, est un moment privilégié pour apprendre, et, en plus, de côtoyer d'autres praticiens.

Gratuitement ! 3 heures d'apprentissage gratuit. Alors quand certains me disent "je serais bien venu, mais à 16h, c'est trop tôt, je suis dans ma journée de travail", je pense qu'ils ont bien tort de considérer qu'il s'agit d'une activité en dehors de leur métier, comme l'est un loisir. Apprendre, ça fait partie du développement de logiciel.

Évidemment je me doute que ceux qui disent qu'ils n'ont pas le temps de venir travaillent dans des organisations qui ont des échéances sur leurs projets. Peut-être ont-ils demandé à leur management de venir au SigmaT14 et cela leur a été refusé. Plus probablement ils n'ont même pas posé la question en anticipant, à tort ou à raison, la réponse qui leur serait faite.

Dans tous les cas, c'est le signe que l'organisation en question n'a pas une culture basée sur l'apprentissage.

Au lieu de considérer le développement de logiciel comme de la réalisation de tâches routinières, ces entreprises tireraient profit à le voir comme une activité de la connaissance basée sur un apprentissage continuel. Ce sont celles qui l'ont compris qui arrivent le mieux à créer des produits innovants, à satisfaire leurs clients et à conserver leurs meilleurs éléments[2].

J'ai été particulièrement déçu de ne voir aucun étudiant vendredi. C'est vrai qu'ils sont actuellement en stage en entreprises, ce qui rejoint le point précédent. Il y a aussi qu'ils sont en apprentissage permanent avec leurs études, mais c'est regrettable qu'ils n'accordent pas plus d'importance à ce type d'apprentissage là, plus ouvert sur le monde. Ils risquent de végéter en restant geek1.0...

Une occasion d'apprendre : atelier Fitnesse ce soir 18h. organisé par la SigmaT.

Notes

[1] le match qui se déroulait en même temps était Etats-Unis contre Slovaquie, pas l'affiche du siècle !

[2] voir aussi sur ce sujet, le billet de Nicolas Martignole : La stratégie des Tribus chez les Geeks ; il aborde également le thème de la première session du SigmaT14, l'artisanat du logiciel.

Commentaires

1. Le lundi 21 juin 2010, 12:54 par Frank Taillandier

Vous soulevez un point stratégique sur le temps alloué à la formation continue dans l'entreprise, qui à force de calculer sur le court terme se retrouve avec des problèmes sur le long terme. Pour faire progresser une entreprise, il faut que ses employés progressent eux aussi.

2. Le lundi 21 juin 2010, 17:22 par Sylvain

Il faut aussi regarder du côté des entreprises : sans court terme, pas de long terme. L'équation n'est pas si facile à gérer…
Ceci dit, depuis les 35h, je connais beaucoup de personnes qui ne bossent pas le vendredi après-midi, ce qui est tout à fait compatible avec le sigmaT le vendredi 16h00…
Ne cherchons donc pas d'excuses, là où il n'y a pas lieu ;-)

3. Le dimanche 27 juin 2010, 19:53 par Oaz

J'ai un peu de mal avec la notion de "geek2.0". Le dialogue avec les autres "artisans" est certes un principe essentiel. Mais de mon point de vue, il est orthogonal à l'apprentissage.
En mettant ce "2.0" en avant on a l'impression que la communication, voire la socialisation, devrait passer avant tout.
Ne tombons pas dans l'excès (même si à 28 participants on en encore loin d'un quelconque excès)

C'est vrai que tu ne tweetes pas...C'est à la lecture du post de Nicolas Martignole (cité dans la deuxième note de bas de page) que je me suis dit que ça collait bien. La participation à un séminaire, qui est une forme de socialisation, constitue un bon moyen d'apprendre.
4. Le dimanche 27 juin 2010, 23:03 par Oaz

Oui, le séminaire est à la fois un bon moyen pour partager ET pour apprendre.
Le problème que je vois avec le billet de Nicolas, c'est que le terme "2.0" présente le "bon" développeur de 2010 comme étant avant tout un communiquant.

Mais ça c'est mon côté qui a toujours tendance à voir le verre à moitié vide.
En d'autres termes, si j'ai le choix entre
- un développeur (A) courageux face à ses lacunes, méticuleux, qui a un code lisible, maintenable et qui se soucie honnêtement de ce qu'il livre mais qui rentre chez lui à 17h, ne connait pas tweeter et n'a qu'une vague idée des évènements très "2.0"
- un développeur (B) qui a 2358 followers, qui peut parler pendant des heures sur tous les frameworks à la mode et qui tutoie les orateurs habituels des confs sur le développement logiciel qu'il rencontre régulièrement mais qui écrit du code qui n'est maintenable que par lui et qui juge l'implication de ses pairs à leur capacité à communiquer
alors je prends sans aucun doute le (A) dans mon équipe

5. Le lundi 28 juin 2010, 21:13 par Sylvain

Très caricatural tes développeurs A et B, Oaz.
Il existe peut-être également le développeur C, qui programme très bien, qui partage ce qu'il sait et qui est reconnu par ses pairs sur, *justement*, ce qu'il partage avec la communauté, donc ce qu'il communique…

6. Le mercredi 30 juin 2010, 00:15 par Oaz

@Sylvain,
Oui, bien évidemment, un profil qui recouvre toutes les qualités est préférable mais je voulais juste mettre en avant le fait que l'hyper-communication du geek 2.0 ne doit pas faire oublier la substance de tout logiciel : le code.

Je dirais même mieux : la communication idéale c'est celle qui réussit à passer *à travers le code*

7. Le jeudi 01 juillet 2010, 23:58 par Sylvain

Je crois que l'on est d'accord @oaz. "la communication idéale c'est celle qui réussit à passer *à travers le code*", nécessite tout de même que ce développeur communique. C'est le 1er pas pour devenir un geek2.0 ;-)