Kanban, l'approche en flux pour l'entreprise agile

C'était en janvier 2016, pendant le 4e raid agile. Le jeudi après-midi, avec Pablo nous avions animé le puzzle Astérix (oui, de l'agilité à l'échelle !). À la demande de participants, nous avions prévu un créneau sur Kanban. Comme j'étais en train de ranger les pièces du puzzle et que j'avais beaucoup donné pour ce jeu, nous décidâmes que ce serait Pablo qui présenterait Kanban tout seul.

Pablo s'était placé à gauche de la cheminée et commençait à placer des post-it sur un rectangle de fer noir qui servait de tableau. Les colonnes naissaient d'un rouleau de scotch de peintre dévidé à l'arrache. Les post-it ont vite débordé pour se poser sur le mur. En même temps qu'il manipulait, Pablo inventait l'histoire d'une organisation pour qui seraient ces colonnes et ces post-it.

Pablo au tableau

Je continuais à ranger mes pièces tout en suivant un peu. Cette présentation de Pablo, une sorte de Kanban portfolio, me faisait tiquer. J'ai dû grommeler en pensant que ce n'était pas la meilleure façon d'introduire Kanban. Bref je n'avais pas trop aimé (mais les participants avaient aimé).

Quelques années avant, j'avais organisé et animé des formations Kanban avec Laurent Morisseau. Un peu avant ce raid, j'avais écrit la préface de l'édition 2 de Kanban pour l'IT. Pendant que Pablo dissertait tout en étalant son tableau kanban, je me souviens de m'être dit que si Laurent était là, il ne serait pas d'accord avec Pablo sur ce kanban-là.

Et toc, 3 ans plus tard, voilà Pablo et Laurent co-auteurs d'un livre sur Kanban. C'est le signe d'une belle ouverture d'esprit. Je raconte cette histoire parce qu'elle peut aider à comprendre des différences de style et de point de vue au fil des chapitres (qui sont d'ailleurs revendiquées par les auteurs).

J'ai lu le livre ce week-end. Voici quelques remarques ou interrogations au fil de ma lecture (qui pourront alimenter le débat au prochain klub de lecture si le livre y est retenu) :

Limites

Dans l'exemple du début, le 9e et dernier point c'est ajouter les limites (intéressant et je trouve que ça colle bien dans l'exemple). C'est présenté habituellement comme la 2e pratique à appliquer, et c'est d'ailleurs ce qu'on lit dans le chapitre suivant.

Réalité ou modèle simplifié ?

C'était un des points qui m"embêtait avec Pablo au raid, toujours à dire : vous commencez par représenter votre processus actuel, exactement ce que vous faites. Comme si c'était toujours linéaire ! Le paragraphe 7.3 évoque heureusement la simplification nécessaire pour le représenter de façon linéaire dans un tableau.

Flux tiré

Dans le paragraphe 13.3 on comprend que le flux tiré se concrétise techniquement par l'ajout d'une file d'attente entre deux activités pour faire la différence entre ce qui est à faire (la file d'attente) et ce qui est commencé (dans l'activité suivante).

Cadences

Il a fallu que je relise pour comprendre que la cadence de sélection, c'était en fait le rite de la mêlée quotidienne. Mais c'était déjà écrit comme ça dans l'édition 2 de Kanban pour l'IT. C'est peut-être la suppression de la première partie du chapitre sur les différents types de cadences qui me manque.

Amélioration

Le chapitre 28 présente des exemples fictifs, on y voit des kanbans avant et après. Le après est présenté comme un palier plus avancé. Ce qu'on y voit clairement c'est qu'il y a toujours de nouvelles colonnes après ! Mon avis est que ce n'est pas le bon message à passer. Je pense qu'il aurait fallu inverser au moins dans un des exemples : quand on va vers plus de pluridisciplinarité, on devrait plutôt réduire le nombre de colonnes.

Kanban pour les enfants

Cette partie en annexe n'est bien évidemment pas pour des enfants, les pauvres il y a de quoi les traumatiser. Je ne suis pas sûr que ce soit pour des adultes non plus, j'ai décroché aux dinosaures. Comme ça part dans le délire, je pense plutôt que c'était un pari qui s'est transformé en exercice de style.

Kanban et l'agilité

Les auteurs parlent parfois de l'agilité comme un mouvement qui serait extérieur à Kanban. Mais pas toujours et comme on retrouve agile dans le sous-titre, le positionnement reste flou. Ou ouvert si l'on veut.

Dans L'art de devenir une équipe agile, je place Kanban dans le mouvement agile et je l'inclus simplement dans le mix agile agnostique qui illustre la focalisation de l'équipe PermaBio. C'est pour devenir plus agile dans un contexte de flux de demandes (page 141 de L'art) qu'à mon avis le livre de Pablo et Laurent devient une lecture indispensable.

Le livre Kanban chez Amazon (mais achetez-le plutôt chez un libraire comme dit Alice).