Panneaux indicateurs

J'ai profité des derniers beaux jours pour aller randonner dans le val d'Aran, vers les plus beaux lacs des Pyrénées. Les lacs de Rius et de Tort de Rius sont effectivement des merveilles.

Lac de Rius

En Espagne, les panneaux indicateurs, comme le balisage, sont plutôt rares sur les sentiers mais ils ont la particularité, par rapport aux français et aux suisses que je connais, de donner à la fois la distance et la durée.

J'avais écrit en 2007, juste après mon tour des Dents Blanches, un billet sur ce sujet, titré "La minute idéale du randonneur".

Le panneau placé près de l'hospice de Vielha, lui, indique que le Port de Rius est à 4kms et 1h50.

Panneau indicateur à l'hospice de Vielha

La distance est une mesure, la durée est une estimation qui comporte une part d'incertitude. Nous n'avons pas mis 1h50 mais plutôt 2h30.

En effet la durée réelle en rando dépend de plusieurs paramètres :

  • la distance (indiquée sur le panneau)
  • le dénivelé (important en montagne, ça serait bien de l'indiquer aussi, là c'était environ 750m)
  • l'aptitude du groupe à la marche en montagne
  • l'environnement (comme la météo du jour)
  • l'équipement (cartes, chaussures, nourriture, boisson...)

pour ne citer que les principaux. On peut dire que la durée est fonction de ces 5 paramètres.

Durée = f (distance, dénivelé, aptitude, environnement, équipement)

Les personnes qui ont contribué aux indications sur le panneau ont probablement vérifié la distance. Pour la durée de 1h50, peut-être ont elles mesuré le temps en faisant la rando. Mais elles n'ont pas pu tenir compte des 3 derniers paramètres. Les panneaux ne sont pas actualisés en fonction de la météo ni des groupes de marcheurs. On peut dire que l'indication 1h50 est une durée idéale. Dans notre cas, la durée supérieure s'explique par un léger détour dans des barres rocheuses. En fait nous avions quitté le bon chemin en loupant le cairn indiquant un virage à gauche. Au lieu de faire demi-tour très vite, nous tentâmes le raccourci mais le terrain était par trop délicat.

Si on fait l'analogie avec une story du backlog,

  • la distance correspond à sa taille,
  • le dénivelé correspondent à sa complexité,
  • l'aptitude est celle de l'essaim de l'équipe qui développe la story,
  • l'environnement constitue l'organisation dans laquelle l'équipe opère (et qui risque de la perturber avec des interruptions par exemple),
  • la qualité de l'équipement peut être rapprochée de la dette technique : si vos chaussures ne sont pas bonnes et vous font mal, vous ralentirez et si vous n'êtes pas sur le bon chemin, vous passerez du temps à le retrouver.

L'effort pour développer la story :

Effort = f (taille, complexité, essaim, organisation, dette technique)

Quand on estime les stories qui viennent de rentrer dans le bac d'affinage, on ne connait (à peu près) que la taille et la complexité.

Ce qu'on estime alors (en points), ce n'est pas l'effort, pas plus que sur le panneau, c'est la difficulté intrinsèque.

Difficulté intrinsèque = f (taille, complexité)

C'est suffisant pour avoir une idée et faire quelques prévisions. Et pour la rando, se permettre une sieste au bord du lac.

Sieste au bord du lac, le Besiberri nord dans le fond

J'ai lancé une enquête sur les pratiques d'estimation, voir les résultats.
Merci à @ndeverge pour la relecture.