Rupture douce : Sociocratie et Agilité, huitième épisode

Suite de l'histoire Quand l'Agilité rencontre la sociocratie, dans la saison 1 de Rupture douce. Avant-dernier épisode.

Résumé des épisodes précédents : Après une chocolatine à la Pasteline et une virée à Grenoble, l'Agilité et la sociocratie se sont enfin rencontrées au ScrumDay et partagent des idées en commun.

L'expérimentation de la sociagilité commence en observant les façons de désigner des représentants dans les bandes de bikers et ce que propose Etienne Chouard à l'échelle de nos pays. Sur le terrain, Josette et Brice pratiquent l'élection sans candidat. Voici la suite.


Le ScrumMaster tournant

Quand j'étais prof à la fac – c’était avant de connaître la sociocratie – mes étudiants avaient des projets d'une durée de 6 mois, appelés BE pour Bureau d'études. Les équipes de BE se constituaient de façon plus ou moins auto-organisée. Les contraintes que nous leur donnions portaient sur le nombre de groupes et les limites min-max d'étudiants par groupe. Par exemple, s'ils étaient 26, nous voulions 6 groupes de 4 ou 5 personnes.

Une fois cette première étape franchie, on passait, au sein de chaque équipe, à la désignation du ScrumMaster. Car les projets étaient l’occasion d’appliquer Scrum. Il n'y avait évidemment pas de hiérarchie et chaque étudiant ayant à peu près la même expérience, la désignation se rapprochait de l'élection sans candidat. Parfois elle se faisait par tirage au sort.

Bien souvent, le rôle était tournant, c'est à dire qu'un nouvel étudiant jouait le rôle de ScrumMaster, tous les 2 ou 3 sprints en général. Il me semble que cette idée de mandat à durée limitée est en phase avec la sociocratie. Le représentant élu sans être candidat a aura ainsi moins tendance à s’installer dans la routine du rôle qu’il va jouer s’il sait qu’il devra laisser la place dans quelque temps.

Utopie : Supprimer le ScrumMaster ?

La mission du ScrumMaster est d’être le vecteur capable, par son influence, d’entraîner ses co-équipiers vers plus d’auto-organisation.

Pour cela, il doit être moteur pour définir la constitution « au sens Constituante », c'est à dire les règles qui vont définir le cadre de travail de l’équipe. Etienne Chouard[1] nous dit, pour revenir à l’échelle d’un pays, que ce n'est pas à un homme de pouvoir (du pouvoir en place) d'écrire la constitution. C'est contraire à l'intérêt général, car même s'il est intègre, il sera un jour tenté de préserver ses propres intérêts.

Le principe du ScrumMaster tournant rejoint cette préoccupation.

Cependant, on constate, parmi ceux qui tiennent le rôle de ScrumMaster sur le terrain, des dérives autoritaires ou micro-managériales. Bien que la notion de chef ne fasse pas partie du rôle, elle peut réapparaître pour ceux qui sont mal formés ou dans des organisations à forte culture du contrôle.

Dans la communauté Agile, des voix se font entendre pour combattre ces dérives. Les plus radicaux, comme Tobias Mayer posent carrément la question de supprimer le rôle de ScrumMaster[2].

Cela n’est finalement que donner un horizon plus court à l’idée largement diffusée que « le ScrumMaster devient inutile quand l'équipe a atteint un stade avancé d'auto-organisation ».

Face à ce radicalisme qu’on peut considérer comme romantique – certains disent déjà « bisounours » à propos des pratiques sociales de l’Agilité – la sociocratie se situe dans une perspective différente de maintien de la hiérarchie, sur laquelle on pose le double lien.

Dans le cadre Scrum aussi, et c'est ce qui en fait son originalité, les responsabilités traditionnelles du chef ne sont pas confiées à une seule personne, mais partagées entre deux : le Product Owner prévoit et anticipe, le ScrumMaster entraîne les membres de l'équipe vers ce que demande le PO (et il est bien clair qu'il n'est pas le chef).


à suivre.

Notes

[1] relire le 6ème épisode.

[2] Article traduit en français par Fabrice Aimetti