Visions

Le Raid #4 tirait à sa fin. Luigi s’est approché de moi et m’a fait part d'une légère frustration : il pensait que nous parlerions plus de vision en ce 3e jour.

Vision ?

Cartes vision de MysteriumD'abord pris au dépourvu, j'eus un réflexe habile en lui faisant remarquer que, dans le jeu auquel il avait participé la veille au soir, le fameux Mysterium, j’avais fait part de mes nombreuses visions.
En tant que fantôme, c'est par mes visions que je communiquais avec les médiums chargés de l'enquête.

Des visions floues il faut bien le dire, presque des hallucinations.

Luigi se souvint des difficultés à interpréter mes visions. Il sourit mais il attendait que je lui parle de vision partagée du produit. Dans le cadre de l’agilité.

J'enchainais sur mon histoire de la vision produit. Je lui rappelais que définir et faire partager la vision du produit était une notion qui existait bien avant le Manifeste Agile. « Envision » était parfois utilisé pour nommer, en anglais, l’équivalent de la phase d’étude d’opportunité d’un produit. Pour ma part, c’est avec le RUP que j’ai entendu parler de vision. Le document vision était l’artefact essentiel de la phase d’inception.

J’ai « écrit » de nombreux documents vision et j’ai conseillé d’en rédiger. À l’époque, j’avais traduit et adapté le plan type du document vision du RUP. Il est en annexe à ce billet et je trouve que son contenu est toujours pertinent. On y retrouve d’ailleurs le pitch de l’ascenseur, souvent utilisé de nos jours comme unique expression de la vision, ce que je trouve un peu faible.

Le mouvement agile a apporté l'élaboration collective et la brièveté. L’idée qu’il est préférable d'élaborer la vision en commun sur un support visible plutôt que de faire rédiger un document par une seule personne.

En tant que visionnaire je définis ma vision du produit afin que les parties prenantes la partagent n'est pas une bonne histoire.

Dans les premières éditions de mon livre, j’avais le mot vision dans un titre de chapitre (de la vision aux stories, par exemple dans l'édition 2). Ce n’est plus le cas dans l’édition 4, le chapitre s’appelle « Découvrir le produit ».

Si j’y parle encore de vision c’est pour faire remarquer que la matérialisation du concept est variable, entre le simple pitch et le document. Je suggère qu’un impact mapping fait bien l’affaire. Le canevas du Lean Startup constitue aussi un artefact de premier choix.

Finalement, bien que j’aie quand même conservé vision dans mon glossaire de l'édition 4 : expression d’une volonté collective de développer un excellent produit ou service, je pense que le terme est en déclin.

Je constate que le livre Story Mapping de Jeff Patton, livre de référence de ce domaine de la définition de produit, n’évoque pas de vision.

Je conclus pour Luigi que ce qu'on appelait vision pouvait dorénavant s'incarner dans le résultat de pratiques de découverte de produit comme l'impact mapping, le lean canvas, voire le story mapping, que nous avions abordées pendant ce Raid Agile.

Commentaires

1. Le vendredi 12 février 2016, 11:52 par Arturo

Et si dans ce contexte (Agile) ce qui est nommé ici « vision », on le connectait avec « raison d’être (Core Purpose) » ? Ceci permettrait de poser et de partager, tout d’abord, l’intention du produit qui sera développé. Autrement dit, la raison pour laquelle ce produit sera développé. Le « Why ». Après avoir posé ce « Core Purpose », le passage vers le terrain de l’objectif sera mieux dégagé pour des pratiques telles que l'impact mapping, le lean canvas, voire le story mapping. Et comment traduire tout ceci dans la complexité de l’organisation (et surtout d’une organisation non encore tout à fait Agile)? Beau challenge à relever ! ;)