On certifie bien les poulets

Et on les achève après

On certifie bien les poulets

La certification sert à rassurer. Comme le consommateur est inquiet sur la qualité du poulet, on certifie le poulet. Mais, après avoir vu le documentaire d’hier sur Arte, les consommateurs qui auront vu comment ça se passe dans les élevages de poulet industriel ne vont pas être très rassurés.

La valeur d’une certification dépend donc, au delà du simple mot, de la qualité du processus de certification.

Il se trouve que je m’y connais -un peu- en certification. Je fais partie de 2 comités de la société ITE-Audit qui est organisme de certification ISO 20000 dans le domaine des services informatiques.

Le CPI contrôle l'éthique de l’organisme. Je suis également membre du Comité de Programme pour la Certification de personnes.

J’ai pu ainsi me rendre compte de ce qu’était une vraie certification. C’est très encadré. Il y a même une norme ISO donnant des directives aux organismes qui font des certifications, l’ISO/CEI 17024.

Certifier les compétences d’une personne, c’est difficile. Quand la chose à certifier est clairement définie, c’est un peu plus facile. Par exemple pour ISO20000, il y a une norme ISO contenant un ensemble de documents qui décrivent les processus de services IT sur lesquels portent les examens de certification.

Dans le domaine de l’Agilité, s’il y a une littérature très abondante, il n’y a pas de standard. La définition est mouvante. Il n’y a pas d’orthodoxie. Le socle commun du Manifeste Agile, qui présente des valeurs et des principes, est un peu court pour servir de base à une certification.

En revanche, il y a de la matière avec les pratiques. Une approche possible serait de certifier les compétences d’une personne sur une pratique agile. C’est la voie suivie par We Vouch For. Il s’agit là de reconnaissance par les pairs et pas vraiment de certification. Mais si on voulait mettre au point un processus de certification par pratique, ce serait déjà plus raisonnable[1].

La Scrum Alliance a choisi la voie de certifier un rôle. Le problème avec la certification ScrumMaster, c’est qu’il n’y a pas de processus de certification du tout. C’est comme avec les poulets, il ne suffit pas de dire certifié ! pour que ça rassure les consommateurs bien longtemps. Il faut donner confiance dans le processus de certification.

Je suis enseignant depuis plus de 10 ans. Même si c’est à temps partiel, je suis amené à noter les étudiants. J’évalue des examens écrits portant sur des questions ouvertes ou des questions à choix multiples. J’évalue également des projets de plusieurs mois pendant lesquels les étudiants mettent en pratique les enseignements. Il y a des étudiants qui réussissent leur examen en répondant à peu près aux questions, mais qui ne sont bons du tout dans le travail en équipe sur les projets. Et vice-versa. C’est sûrement la même chose pour les certifications.

C’est la raison pour laquelle, comme il y a 2 ans, je ne vois pas l’intérêt d’avoir de certification pour un mouvement comme le nôtre.

Pour se rassurer, les employeurs et recruteurs n’ont qu’à vérifier l’expérience des personnes au lieu de s’attacher à un label.

Pour être rassurés, les agilistes doivent pratiquer. S’ils veulent être reconnus, ils peuvent participer à des associations comme la SigmaT, le CARA, le SUG Français ou XP-France.

Notes

[1] je connais déjà un examinateur pour le TDD, il serait impitoyable

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