Scrum n'est pas hordesque

Une équipe Scrum n'est pas une horde primitive

J’avais dans l’idée de faire un billet sur un des nombreux jeux de cet excellent Agile Games France, mais le billet tripal de Pablo sur la horde a changé mes priorités.

J’avais récemment évoqué la horde dans un de mes billets, l’épisode 5 de ma série sur mon histoire de Rupture douce. Un épisode où il aussi est question de pouvoir latéral, de Skull & Roses et de …Pablo.

Dans mon billet la horde était l’archétype du groupe avec un chef choisi pour sa force ou son courage. Pablo se réfère à la horde comme exemple du comportement d’équipes ou de communautés agiles. Je trouve l’idée très intéressante. L’analogie me paraît plus adaptée que celle du troupeau, qui n’est finalement qu’une horde apprivoisée (et donc soumise).

Je crois me souvenir que, dans un livre ou un article que j’ai lu il y a plusieurs années, Ken Schwaber présente le ScrumMaster comme un shepherd, reprenant l’analogie pastorale du berger[1].

Je viens de lire un ouvrage ardu mais très intéressant de Jean-Claude Monod Qu’est ce qu’un chef en démocratie [2]? J’y ai appris que Freud réfutait la qualification de l’homme comme bête de troupeau pour le présenter comme bête de horde[3].

Freud définit l’homme comme membre individuel d’une horde conduite par un chef suprême. Il écarte l’idée de passivité du troupeau, le membre d’une horde pouvant renverser voire tuer le chef pour prendre sa place.

Ça colle pas mal avec ce que présente Pablo dans sa tripologie hordesque sur le leadership naturel.

Ça ne colle pas du tout avec Scrum (dont Pablo ne parle pas).

Pas parce qu’une équipe Scrum serait un troupeau plutôt qu’une horde : elle n’est pas passive.

Mais parce que la notion de leader dans Scrum est traitée de façon bien différente.

Avec Scrum, les responsabilités qu’on attribue à un chef dans l’histoire :

  • prévoir,
  • anticiper[4],
  • et entraîner le groupe,

sont partagées.

Ce qui fait la grande particularité de Scrum, en tout cas parmi les pratiques de management, c’est que ces responsabilités traditionnelles du chef ne sont pas confiées à une seule personne, mais partagées entre deux :

  • le Product Owner prévoit et anticipe,
  • le ScrumMaster entraîne les membres de l’équipe vers ce que demande le PO (et il est bien clair qu’il n’est pas le chef).

C’est ça qui fait l’originalité et la force de Scrum, cette tension entre le PO qui demande et l’équipe qui réalise, tension contrôlée par le SM. Sans parler d’auto-organisation de l’équipe, il n’y a pas un seul chef comme dans la horde.

Une équipe Scrum n’est pas donc une horde primitive, au moins sur le plan du leadership.

Notes

[1] j’en avais parlé dans mon billet sur le ScrumMaster de 2007

[2] Sous-titre Politiques du charisme, publié dans l’Ordre philosophique au Seuil.

[3] En allemand, une seule lettre change de Herdentrier à Hordentrier, page 241 du livre.

[4] Monod parle de la faculté à deviner le coup d’après.

Voir aussi