La radicalité agile pour conjurer le faux agile

Il faut bien le dire, le terme radical est susceptible d'en rebuter quelques-uns ; d'autres nous demandent pourquoi avoir conservé agilité dans agilité radicale ; retour sur le choix des mots

La radicalité agile pour conjurer le faux agile
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Radical, c’est comme radis, ça vient de racine.

Quand nous avons lancé l’agilité radicale en avril — c’était pour la keynote à Agile en ligne — dans les échanges avec les participants, nous avons eu quelques remarques sur le choix du mot radical :

radical, c’est un peu extrême !

Dans notre 2e keynote de printemps confiné — la keynote du Becom — nous avions précisé qu’il s’agissait pour nous d’un retour aux racines de l’agilité. Mais là aussi, quelques interrogations sur le choix du mot. il est probable que l’imaginaire de la radicalité trouble notre message.

La semaine dernière, en parcourant les réponses au questionnaire sur le devenir de l’agilité radicale, nous avons trouvé dans les commentaires :

mais pourquoi avoir conservé le mot agilité ?

C’est le moment de revenir sur le choix de ces deux mots, en commençant par l’agilité.

Agilité, c’est souvent utilisé, mais dévoyé

En ce début 2020, avant le séisme du confinement, je ressentais un peu de lassitude à défendre l’agilité. Le mot était utilisé à toutes les sauces, dans plein de domaines et perdait évidemment de son sens. Mais surtout, en ce qui concerne l’agilité vue comme un mouvement pour développer des produits et services, j’avais l’impression que le business as usual avait pris le dessus.

Ce mouvement avait beaucoup innové — et il continue à le faire, et nous étions nombreux à lutter contre le faux agile. Cependant, les forces conservatrices continuaient de leur côté inexorablement à n’utiliser l’agilité que pour continuer, voire accélérer, le business as usual. Sans en saisir toute l’essence ni, et surtout, le potentiel.

Dans les grandes entreprises en particulier, on a parfois l’impression de n’y déceler que de l'agile washing et du faux agile.

Un coach agile m’a raconté récemment qu’il venait de découvrir un train safe (soi-disant agile), où chaque équipe travaillait sur une des étapes du cycle en V.

Bref, agilité, un mot tellement dénaturé qu’il serait mieux d’en utiliser un autre.

Mais quel autre nom ? Lean ?

C’est un choix qu’on trouve dans pas mal de livres qui ont fait l’objet du klub de lecture. Le prochain portera sur L’approche Lean pour la transformation digitale d’Yves Caseau (de mon point de vue, cela aurait pu s’appeler L’approche agile … ). Pour moi, pas question de dire Lean, ce n’est pas français et c’est un truc de managers, pas de nature à se faire mieux comprendre par les citoyens (lire aussi L’agilité et le Lean article de 2014 pour dire que l’agilité a aussi une dimension organisationnelle).

Et puis la pandémie et le confinement sont arrivés. Nous avons trouvé que c’était l’occasion de réorienter l’agilité sur ses valeurs originelles. En conservant son nom.

Radical, c’est parfois considéré comme extrémiste

Le dictionnaire du CNTRL nous dit, pour radical :

adj. Relatif à la racine, à l’essence de quelque chose

Il n’y a pas d’extrémisme à parler d’agilité radicale pour évoquer ce retour aux racines.

Le CNTRL précise qu’en philosophie, radical signifie :

Qui va jusqu’au bout de chacune des conséquences impliquées par le choix initial.

C’est ce côté jusqu’au-boutiste qui peut laisser croire que le radical serait intransigeant, incapable d’écouter d’autres points.

Radicaliser l’agilité

En associant les 2 mots dans agilité radicale, faisons-nous un oxymore ?

La souplesse de l’agilité parait être opposée à la raideur de la radicalité.

Il n’en est rien si on revient à la définition philosophique, le choix initial étant celui porté par le manifeste et le questionnement sur les conséquences étant l’essence de l’approche, avec les boucles de feedback et leurs rites.

Nous avons étendu le manifeste agile originel pour l’adapter à la situation actuelle.

L’adhésion au manifeste agile radical implique des questionnements sur l’auto-organisation, la valeur sociale et l’impact sur le vivant.

Il nous parait donc nécessaire de devenir agile de façon radicale avec ces valeurs, si on y adhère. Autrement, comment espérer apporter des réponses qui ne soient pas, au mieux, de simples optimisations locales qui dénient à l’agilité le droit de s’attaquer aux causes des problèmes ?

Voir aussi :