S'assurer de la viabilité de l'équipe pendant le prélude

Pour que l'équipe puisse devenir agile, il convient de s'assurer qu'elle soit viable, d'abord du point de vue de ses membres

S'assurer de la viabilité de l'équipe pendant le prélude

Une équipe qui démarre est composée de personnes venant d’horizons différentes et qui ne se connaissent pas toujours. Pendant le prélude, c’est-à-dire la période avant le premier sprint, elle prend le temps de réfléchir collectivement à sa viabilité en tant qu’équipe.

Pour cela l’équipe PermaBio s’est appuyée sur un outil, le canevas de prélude devenu le canevas d’alignement radical pour l’équipe (CARE).

Ce canevas est présenté dans la cinquième édition de mon livre Scrum, chapitre 13, Composer le prélude de Scrum.

Il est repris dans L’art de devenir une équipe agile. Il apparait dans le chapitre 6, Les chemins de la focalisation. Il est illustré avec l’exemple PermaBio (page 138).

Canevas page 138

Canevas de prélude

Les cases sont numérotées pour indiquer la séquence dans l’élaboration du canevas.

Il est rempli pendant le prélude, selon l’ordre indiqué, avec trois grandes étapes (des itérations en fait) : 1. la première pour s’assurer de la viabilité de l’équipe (1, 2), 2. la seconde pour s’assurer de l’alignement avec les parties prenantes (3, 4, 5, 6) et 3. la dernière pour s’accorder sur la viabilité de l’écosystème (7, 8, 9, 10).

Dans cet article, nous allons voir comment l’équipe PermaBio passe la première étape qui porte sur les cases 1 et 2.

En plus du canevas, elle va s’appuyer sur l’acronyme TAPIS comme moyen pour évaluer les caractéristiques souhaitées d’une équipe viable.

Case 1 : l’équipe avec ses rôles

L’équipe PermaBio est constituée de six personnes bien identifiées. Elle est de bonne taille (le T).

Comme Sarah connaissait un peu Scrum, qu’elle avait utilisé dans un job précédent, elle est naturellement devenue Scrum Master.

Pour commencer avec l’auto-organisation (le A), c’est l’équipe elle-même qui a choisi la personne qui tiendrait le rôle de Product Owner. Une élection sans candidat a été organisée. C’est Lucas qui a retenu le plus de suffrages et il a accepté le rôle.

Au-delà des rôles de PO et SM, il convient que chaque membre de l’équipe trouve sa place dans l’équipe. Pour cela, on a établi une liste des compétences et des envies.

Dans une équipe, l’identification des souhaits individuels permet à chacun de faire des travaux correspondant à ses aspirations profondes. On pourra ainsi mieux déceler la complémentarité et préparer la coopération. Et s’interroger sur la pluridisciplinarité (le P).

Case 2 : définir une éthique d’équipe, c’est-à-dire des valeurs partagées

Il est essentiel, pour l’équipe, d’obtenir l’accord sur des valeurs communes partagées par tous. C’est ce qui forge une identité collective (le I de TAPIS).

On peut y parvenir avec des ateliers. Mais les valeurs, c’est difficile à aborder lorsqu’une équipe se met en place, comme PermaBio.

C’est pourquoi Lucas a suggéré de se positionner par rapport à une éthique existante, qu’il connait, celle de la permaculture.

C’est pour être plus efficace sur la longueur qu’une éthique d’équipe est utile. Elle contraint à court terme mais s’avère profitable à plus long terme pour la motivation et l’apprentissage.

Sa proposition ayant reçu l’acquiescement général, Lucas a présenté à tous les membres de l’équipe PermaBio l’éthique de la permaculture.

Cette éthique repose dur 3 piliers :

  1. Prendre soin de la Terre
  2. Prendre soin des gens
  3. Partager équitablement les résultats

Le premier pilier amène à se poser la question de l’impact sur le vivant. Son application à l’agilité pousse l’équipe à se poser la question pendant le prélude : est-ce que ce que nous allons développer, le résultat, est bon pour la Terre ? Il ne s’agit pas d’imposer un développement sans aucun impact carbone, mais d’engager une discussion pour mettre en évidence les croyances de toutes et tous sur ce sujet.

Le second concerne la valeur sociale. Le pré-requis pour qu’une équipe fonctionne c’est qu’elle se sente en confiance. Il s’agit d’apprendre à se connaître et à évaluer la capacité à travailler ensemble pendant un certain temps.

Le troisième pilier éthique, c’est partager ce qui est produit. Pour partager, il faut aimer le résultat que va obtenir l’équipe et les personnes qui vont l’utiliser. C’est-à-dire ne pas se préoccuper uniquement de la valeur économique, de ce que ça va rapporter à l’entreprise, mais aussi penser à l’aspect solidaire de la production.

Les discussions qui ont suivi ont permis d’échanger sur les valeurs ; elles ont contribué à une meilleure connaissance des valeurs de chacun ; cela a permis de passer à l’auto-évaluation de la viabilité de l’équipe.

Evaluer la viabilité de l’équipe

Une équipe viable, cela sous-entend que chacun·e dans l’équipe :

  • soit volontaire pour participer à l’aventure,
  • trouve sa niche écologique, c’est-à-dire un rôle qui la ou le satisfasse pleinement tout en étant profitable à l’équipe,
  • adhère aux valeurs et à l’identité de l’équipe,
  • s’engage à rester un certain temps dans l’équipe.

Ce dernier point concerne la stabilité (le S de TAPIS) indispensable pour devenir une équipe agile.

À ce stade, l’équipe PermaBio a considéré qu’elle était viable, c’est-à-dire en capacité de parvenir à la focalisation.

Pour d’autres équipes, notamment si les personnes ont été forcées à aller dans une équipe, il va y avoir des réserves, que c’est bien de traiter au plus tôt.

Après il va falloir confronter l’équipe, vue d’abord comme une entité isolée, aux parties prenantes et à tout son écosystème, en abordant les cases 3 à 6 du canevas. C’est là que ça corse, en général.

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