Pas de relevé des heures avec Scrum

L'estimation du temps qu'il reste à passer sur une tâche est plus importante que la mesure du temps qu'on y a passé

La pratique habituelle de gestion de projet consiste à estimer la durée de la tâche avant de la commencer, de relever les heures passées effectivement et d’analyser les écarts constatés.

Avec Scrum, on estime aussi la tâche, et on la ré-estime régulièrement (tous les jours !) pendant son déroulement. Cette ré-estimation s’appelle le reste à faire (RAF). On se préoccupe pas des heures consommées. Une erreur serait de croire que le RAF est l’estimé au départ moins le consommé. En effet on peut avoir estimé une tâche à 20 heures, avoir travaillé 2 heures dessus et se rendre compte que c’est plus facile que prévu et que 10 heures suffiront pour finir la tâche.

Lorsque je présente la position de Scrum, j’entends : à quoi servirait de faire des estimations si on ne mesure pas le temps effectivement passé ? Les estimations servent d’abord à planifier. On peut très bien avoir des estimations sans mesure du temps réellement passé. C’est exactement ce qu’on fait avec Scrum.

Ce qui nous intéresse c’est le reste à faire, pas le relevé des heures. C’est avec l’évolution du reste à faire [1]que des décisions de planification peuvent être prises, par exemple ajuster l’objectif d’un sprint en ajoutant ou supprimant des tâches.

De mon point de vue[2], la mesure individuelle du temps passé présente de nombreux désavantages :

  • ça prend du temps
  • ce n’est pas fiable [3]
  • cela pousse à considérer que l’objectif d’un projet est de tenir une estimation plutôt que de produire quelque chose
  • cela ne contribue pas à développer l’esprit d’équipe, chacun essayant de se justifier en invoquant le temps qu’il annonce avoir passé. De plus, l’affichage des différences d’heures entre membres de l’équipe peut dégrader l’ambiance.
  • cela ne sert pas à grand chose. En effet, si on observe un décalage entre une estimation et les heures effectivement passées, on ne peut pas dire si c’est un problème d’estimation ou de compétence ou de définition de la tâche.

Quand une équipe applique Scrum pour la première fois, on constate que certains membres de l’équipe ont beaucoup de réticences à donner une estimation de leurs tâches. Une des raisons est la peur d’être jugé sur la qualité de leur estimation et sur leur productivité individuelle. Cette tendance -naturelle- à considérer une estimation comme un engagement diminue quand le relevé des heures consommées n’est pas mis en exergue et qu’il est substitué par le reste à faire.

Notes

[1] montré par un Burndown Chart avec Scrum

[2] et je ne suis pas le seul

[3] en général c’est une estimation faite a posteriori

Voir aussi :