Techniques de prise de décision : expériences

Comparatif de trois techniques de vote pour choisir un livre : majoritaire, Condorcet et consentement systémique

Techniques de prise de décision : expériences

Au cours Agile Games France 2015, Kervin nous a proposé un atelier sur le consentement systémique, une façon de décider en groupe basée sur les objections de chacun.

Il se trouve que j’avais déjà expérimenté cette pratique, au cours de 2 jours d’ateliers avec @agilex, sur des projets d’innovation ménagère. C’était le lendemain des attentats contre Charlie. Opposer des objections à des propositions durement élaborées avait été perçu un tantinet agressif par les participants, ça se comprend dans le contexte du jour.

Samedi dernier, l’exemple pour tester la pratique était le choix d’un type de restaurant. Exemple fictif puisque le restaurant était déjà connu, celui du domaine de Fompeyre, cuisine du Sud-Ouest.

En rentrant j’ai eu l’idée de tester sur un cas plus significatif et de comparer les résultats obtenus avec ceux d’autres techniques, en limitant à des votes.

Ce cas est le choix du livre pour le prochain Klub de lecture d’Agile Toulouse. La technique que nous utilisons pour choisir est le vote Condorcet. Cette fois, il y avait à choisir entre 6 livres et 8 personnes ont participé. Il s’agit pour chacun de classer les livres de 1 à 6.

Condorcet

S’il est facile de voter, le dépouillement est un peu plus délicat, notamment quand on tombe sur le paradoxe de Condorcet.

Nous utilisons l’outil Voteer, développé à Bordeaux, qui traite le paradoxe avec la méthode de résolution dite ranked pairs.

On peut voir les votes et le résultat pour le 16 mars sur Voteer.

Le gagnant est donc Fifty Quick Ideas to Improve your User Stories de Gojko Adzic et The People’s Scrum de Tobias Mayer est deuxième (ex aequo, tiens bizarre ça).

Vote majoritaire

Si nous avions utilisé la technique plus classique du choix unique, le vote majoritaire, voilà ce que ça aurait donné (à partir des mêmes données) :

  • The People’s Scrum 3 voix
  • Fifty Quick Ideas 2 voix
  • NoEstimates 2 voix
  • Nature of Software 1 voix

Un résultat différent, donc pour ces deux techniques de votes d’adhésion.

Consentement systémique

En rentrant de Bazas, je me suis adressé aux 7 autres votants et je leur ai expliqué le consentement systémique. je leur ai demandé de donner leur niveau d’objection, pour chaque livre, de 0 à 9.

J’ai voté en premier et j’ai demandé les votes par message individuel, pour que personne ne connaisse les votes des autres avant.

J’ai reçu le dernier vote cette nuit à 2h21, après avoir un peu insisté car je tenais à avoir la même participation. Merci à tous.

L’illustration de l’article montre les résultats du dépouillement de ces objections. Le résultat est obtenu en faisant le total des objections pour la technique du consentement systémique.

Le gagnant est … ah, il y en a deux !

Deux livres arrivent ex aequo avec le moins d’objections : celui de Tobias Mayer, comme au choix majoritaire simple et celui de Gojko Adzic premier au vote Condorcet (et effectivement choisi pour le 16 mars).

Commentaires et compléments

Objections

Cela peut paraître étonnant que “50 quick ideas to improve your user stories” ne soit pas seul premier comme au Condorcet, on se dit que le préféré globalement devrait être aussi le moins objecté. Mais l’objection n’est pas le symétrique de l’adhésion. De plus, Condorcet s’appuie sur un ordre des propositions tandis qu’on donne un niveau d’objection. Il est possible d’avoir plusieurs propositions avec le même niveau et des écarts importants entre certaines.

Personnellement j’ai donné un niveau d’objection assez élevé à “50 quick ideas to improve your user stories”. J’aime bien Gojko, mais on a déjà discuté de deux de ses livres en Klub de lecture. D’autre part, sur le sujet user stories, il y a eu récemment le Klub sur le livre de Jeff Patton “User Story Mapping”. Bref j’avais des objections sérieuses.

Parmi le feedback que j’ai eu sur cette technique, un porte sur l’échelle de niveau d’objection. J’avais proposé de 0 à 9. On m’a dit que c’était trop large. Certains sont d’ailleurs restés entre 0 et 5.

Discussions

L’encouragement à la discussion me parait un des points forts de cette approche (pour cette petite expérimentation, nous n’avons pas discuté ensemble des objections, je voulais aller vite). L’identification et l’énoncé des objections la favorisent plus, me semble t-il, que la demande d’adhésion à une proposition.

La discussion à partir des objections peut amener, quand c’est possible, à améliorer la proposition avant le vote. Ou sinon à mieux la faire comprendre.

Et puis, après le vote, dans le cas rare, mais qui peut arriver, la preuve, de plusieurs premiers alors qu’on veut un seul choix, une discussion s’impose pour définir la proposition retenue.

L’option “Ne rien faire”

Cette option est un autre point fort de l’approche. Elle consiste à ajouter une proposition à la liste et donc à lui donner aussi un niveau d’objection. C’est la proposition statu quo. Si des propositions ont plus d’objections que celle-ci, on peut les éliminer1.

Cette option n’est pas à utiliser systématiquement. Par exemple dans le choix d’un livre pour Klub j’y vois peu d’intérêt : le cas où on ne ferait pas de Klub de lecture parce qu’il n’y a pas de livre assez intéressant est très peu probable.

J’ai proposé de faire une nouvelle expérimentation dans le cadre de la Fédération Agile. Nous accueillons de temps en temps des nouveaux membres, par cooptation. J’ai suggéré d’utiliser le consentement systémique pour décider. Avec l’option “ne rien faire” cette fois : seront cooptés tous les candidats qui ont moins d’objections que “ne rien faire”.

Pour l’instant ma proposition n’a pas reçu d’objection importante, c’est donc possible que nous l’essayions lors de la prochaine réunion fin mars.


  1. voir la présentation de Thibault Bouchette à Agile Tour Paris 2014 ↩︎

Voir aussi