Peut-on être lent dans une équipe agile ?

La recherche effrénée de la vitesse nous pousse à faire de l'agile, tandis que consentir à de la lenteur nous incite à être agile

Peut-on être lent dans une équipe agile ?
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Pour le klub de lecture de discussion de jeudi dernier, nous avions choisi de disserter à partir de l’émission passée le 9 juillet dans le débat de midi sur France Inter :

Peut-on encore être lent ?

Notre débat à nous — sur le Discord d’Agile Toulouse — fut bien intéressant et je le poursuis ici en le focalisant sur l’opposition — ressentie au premier abord — entre la lenteur et l’agilité.

Objections à avoir un lent dans une équipe agile

Nous, mes camarades de klub et moi, pensons que lenteur et agilité ne sont pas opposées. D’ailleurs les participants au débat se considéraient comme des lents.

Je vais faire l’exercice que j’ai mené dans L’art de devenir une équipe agile, celui de répondre à des objections courantes.

Donc voici trois objections à accueillir favorablement des lents dans une équipe agile.

Une personne lente ne peut pas faire de sprint

Cette objection là, je la balaye de suite. Je renvoie à un article récent : le sprint, un mot mal choisi.

Les lents vont être stressés par les réunions qui reviennent régulièrement

Premièrement, ce ne sont pas des réunions, mais des rites.

Ensuite, je pense, au contraire, que les rites apportent une sécurité psychologique aux personnes qui travaillent avec lenteur. L’essentiel est de ne pas considérer ces rites, en particulier la mêlée, comme des points de contrôle du travail. Ce sont des moments de partage et d’écoute.

La lenteur n’est pas compatible avec le feedback rapide de l’agilité

À cette objection, je donne une réponse axée sur le collectif et se diversité, car les boucles de feedback sont un principe qui s’applique d’abord à une équipe.

Le travail en équipe, qui est la base de l’agilité, n’empêche pas de se réserver des périodes de réflexion individuelle. Penser par soi-même reste indispensable pour ne pas risquer d’être noyé dans le collectif.

Cet extrait est tiré de mon dernier livre.

La perception de la lenteur dans une équipe agile

Finalement qu’est-ce qu’une personne lente dans une équipe ? La perception de la lenteur est subjective ; il peut y avoir des faux lents.

Voyons trois cas.

Une personne qui met plus de temps que prévu pour faire un travail ?

Les autres peuvent considérer qu’une personne est lente si elle met plus de temps qu’elle a prévu. Mais ce n’est pas forcément qu’elle est lente, c’est peut-être qu’elle estime mal.

La solution la plus évidente est d’arrêter de faire des estimations, en particulier les estimations sur le travail individuel, un exemple de faux agile.

Une personne qui n’arrive pas à finir un travail ?

On peut penser qu’une personne est lente parce qu’elle ne finit pas son travail. Ça traine.

Mais il peut y avoir des explications à cela :

  • elle fait du multi-tâches, elle commence plein de choses sans finir les autres. L’agilité vient avec des moyens de traiter cela.
  • elle fait un travail de qualité.

D’ailleurs, lors du débat, Jean-Pascal a témoigné spontanément que :

être lent, c’est faire les choses bien

Pour éviter de faire de la sur-qualité, il existe une pratique agile : la définition de fini, qui permet de définir le niveau de qualité attendu.

Une personne qui réfléchit avant d’agir ?

La bonne définition du lent, c’est : quelqu’un qui manque de rapidité dans ses réactions et ses décisions.

C’est connoté négativement, mais dans nos métiers de la connaissance, il est souvent utile de réfléchir avant d’agir (ou de décider).

Prendre le temps de réfléchir

Du temps pour réfléchir, c’est le titre de la page 132 de L’art de devenir une équipe agile, dont voici un extrait :

Pour favoriser l’efficacité de ces plages de réflexion – voire de méditation –, l’équipe pourra aménager des vacuoles ou un coin de détente au sein de l’espace qui lui est dédié. Ou alors on offrira à chacun la possibilité d’aller se promener en forêt ou au bord du canal, la marche ayant fait ses preuves comme catalyseur de la pensée créative.

La réalisation elle-même n’est pas qu’une période de production ; il est toujours important, en particulier dans les métiers de la connaissance, de RÉFLÉCHIR.

Et c’est le dessin d’Etienne Appert situé en bas de cette page 132 qui illustre cet article.

Conclusion

Les lents, qui réfléchissent avant de produire, sont les bienvenus dans les équipes agiles. Ils prennent le temps d’écouter les signaux faibles, ce qui peut permettre de mieux s’adapter au contexte.

Paul Ariès, qui est une figure du mouvement écologique de la décroissance, s’oppose à la tyrannie de la vitesse. Il écrit dans le Philosophie Magazine de juin 2018 :

L’accélération propose des jouissances de l’avoir, le ralentissement ramène aux jouissances de l’être

Ramené à notre sujet, je dirais :

La recherche effrénée de la vitesse nous pousse à faire de l’agile (et conduit au faux agile), tandis que consentir à de la lenteur nous incite à être agile (et mène à l’agilité radicale).

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