Démocratie participative

La pratique de la démocratie participative se fait avec des outils et des techniques couramment utilisés avec l'agilité.

Démocratie participative

Courant mai, j’ai reçu une lettre de la mairie me disant que j’avais été tiré au sort. Quand c’est du marketing je jette directement, mais là c’était pour participer à une commission extra-municipale sur les mobilités douces.

D’une part, ça m’a fait plaisir d’être tiré au sort dans un cadre de démocratie participative ; j’aime beaucoup le principe du tirage au sort utilisé en son temps par mes ancêtres grecs (à mon regret, je n’ai jamais été tiré au sort pour être juré en cour d’assises une des dernières formes de tirage au sort subsistant). D’autre part, je suis très intéressé par les mobilités douces ; je me déplace uniquement en vélo et à pied pour aller au centre ville, et je me rends régulièrement aux terrains de jeu à vélo avec Joseph sur le porte-bébé.

Tirage

En fait, pour avoir 6 membres tirés au sort dans la commission, ce sont soixante personnes qui ont été tirées au sort à partir des listes électorales. Renseignement pris, j’étais 22e dans l’ordre de tirage. Cela a suffi pour que je fasse partie de la commission en tant que titulaire, on constate donc qu’il y a de nombreux refus.

J’étais donc présent à la première réunion de la commission extra-municipale sur les mobilités douces. J’y ai retrouvé quelques personnes que je connaissais, parmi les environ 30 présentes : 6 tiré·es au sort plus 6 suppléant·es, 6 volontaires plus 6 suppléant·es, des représentant·es d’associations, des experts, des élu·es et un animateur.

Animation

Avant de m’investir dans l’agilité il y a une quinzaine d’années, je faisais déjà de l’animation de groupe, par exemple au cours des formations, mais c’était de manière classique. C’est avec l’agilité que j’ai découvert et pratiqué les ateliers et jeux : les icebreakers, les trucs de team building mais aussi et surtout les ateliers divers et variés pour faire émerger l’intelligence collective. Eh bien j’ai retrouvé ce type d’animation dans ma réunion de commission extra-municipale. Notre animateur facilitateur nous avait préparé des ateliers. Et comme dans les conférences agiles, chaque participant a reçu des goodies : un sac et un gobelet.

C’est le sac, bien pratique, que vous voyez sur la photo associée à l’article. On y voit en arrière-plan l’ancienne bibliothèque — devenue un musée — où j’allais après les cours quand j’étais lycéen. J’offre un exemplaire de l’édition 6 de Scrum (quand elle sortira) à la première personne qui me dit où ça se trouve (non, ce n’est pas là où j’habite aujourd’hui).

Constellation

Nous avons commencé par ce qu’on appelle une constellation. On parle aussi d’un diagramme avec les pieds. C’est une façon de commencer en utilisant l’espace pour collecter des informations que j’ai beaucoup pratiquée. Habilement, l’espace a été utilisé comme carte pour que chacun se positionne à l’endroit où il habite dans la ville. Olivier nous avait indiqué l’orientation, c’était facile, on aurait pu laisser le groupe s’auto-organiser pour définir les axes.

Inclusion en boucle

Chacun s’est ensuite présenté rapidement, en choisissant à qui passer la main et en donnant une raison de ce choix (couleur d’habit, lunettes, etc. dans notre situation où on ne se connaissait pas). J’ai reçu la parole d’un gaucher et l’ai donnée à un chauve.

Présentations

Il s’agissait de présenter la démocratie participative et d’introduire au domaine de la mobilité douce. Pour cette partie on est resté dans le classique avec des slides. Dommage. On a même eu droit au problème de connexion pour accéder au powerpoint, pfff !

Le mot le plus utilisé dans les présentations, c’est intelligence collective bien sûr.

Atelier SWOT

L’atelier qui était au coeur de cette première réunion, je l’ai reconnu comme le SWOT, bien qu’il ait été présenté sous un autre nom difficile à retenir car il ne faisait pas un acronyme parlant (AFOM pour atouts, faiblesses, opportunités et menaces).

Toujours est-il que c’était l’atelier central où nous nous sommes divisés en groupes de 6-7 personnes, avec à disposition pour chaque groupe un paperboard, des post-it, des marqueurs. Tout ce qu’il faut pour pour faire fonctionner l’intelligence collective.

SWOT c’est un outil qui vient du marketing, il ne rentre pas dans la panoplie des outils courants de l’agilité.

À noter que l’analyse SWOT figure dans les métacartes1 Faire Ensemble et que la mise en oeuvre qui nous a été proposée est celle décrite dans la page Wikipedia de SWOT. C’est donc un outil qui, étonnamment, se retrouve pratiqué ailleurs que dans des entreprises.

De mon point de vue, ce n’était pas le bon outil pour l’objectif donné, faire un constat de la situation des mobilités douces dans la ville. Cependant les participant·es s’y sont prêté·es avec ardeur et cela a eu le mérite de favoriser les échanges au sein des groupes.

Clôture

Nous avons fini par une sorte de rétrospective avec l’idée d’améliorer le fonctionnement de la commission, car nous nous retrouverons tous les mois pendant un an. Il s’agissait de nous situer sur une ligne pour représenter notre perception de cette commission extra-municipale. À une extrémité de la ligne, la clarté, à l’autre le brouillard. Dans un premier temps, l’animateur nous a demandé de nous situer avant cette première réunion, puis de nous déplacer jusqu’au point représentant notre compréhension maintenant, à la fin. Une façon d’impliquer tout le monde par du mouvement et de repérer les positions et les déplacements extrêmes pour les questionner (plutôt que d’interroger tout le monde ce qui aurait pris beaucoup de temps avec la taille du groupe).

De l’importance du prélude

Je suis réjoui que ma ville mette en place la démocratie participative, content d’être membre actif de cette instance sur la mobilité douce et amusé d’y retrouver des jeux et ateliers de l’agilité. En tant que membre j’ai bien senti la difficulté de commencer une vie de groupe. Pour la 6e édition de mon livre Scrum, j’approfondis actuellement la notion de prélude, cette période du commencement où l’on essaie de faire décoller une équipe, en mettant en place les conditions de son épanouissement. Les mots clés sont la convivance (ou vivre ensemble), l’alignement sur une vision et une mission, et le contexte (à bien connaitre pour le passage aux boucles de feedback). Bien sûr, cette commission extra-municipale n’est pas comparable à une équipe agile ; néanmoins, après cette première réunion, je me dis que ces notions (vision par exemple) et des outils comme le canevas CARE pourraient aider.


  1. À propos de métacartes, celles du numérique éthique viennent de sortir. 60 cartes pour se ré-approprier le numérique. ↩︎

Voir aussi